Faire de l'occasion de la nouvelle nécessité de pensée

Le devoir de santé

In canada, crise economique, liberalisme economique, philosophie on août 12, 2009 at 2:50  

Le nouveau discours de la santé aura réussi à instituer le corps sain comme un idéal universellement valable et une exigence lourdement normative, imposant ses prescriptions idéologiques autant a l’individu qu’aux sociétés modernes. L’obtention de la santé et son maintien ne sont plus seulement un état possible ou envisageable des virtualités corporelles, au contraire, nous sommes nés à présent avec le devoir de nous garder en santé et de tenir en échec toutes les menaces de précarité dont notre corps et notre esprit pourraient devenir le malheureux objet. Ce devoir de santé se traduit chez le malade par une culpabilité intime et accusatrice de l’intérieur qui ne cessera de troubler sa conscience quant à la nature et à l’étendue de la faute qu’il aura eu commise et dans la négligence de laquelle le mal, la maladie, a pu s’immiscer en sa personne. La fascination moderne des corps harmonieux, beaux, bref, en santé, nous aura conduit à ce moment décisif de l’histoire universelle ou tout dérèglement du vivant, tout écart aux standards des dispositifs médicaux prend aussitôt la forme d’un aveu de faute, d’égarement ou d’inconduite dans le gouvernement privé des pratiques corporelles.

La santé distribue alors, par le biais de son système,  ses permis d’excellence aux bons consommateurs et ses lettres de blâme aux mauvais. Les fumeurs, les alcooliques, les motocyclistes sans casque, les amoureux non protégés, les obèses de naissance, ceux qui le sont devenus, les habitués des comptoirs de la malbouffe,  ceux qui boudent les centres de conditionnellement …le catalogue des présumés  coupables   de lèse-santé est à la fois varié et nombreux. Ils sont tous coupables, par avance,   d’atteinte au souci de soi, de déficit d’égo sain. Si la nouvelle catéchèse sanitaire est d’une telle efficace c’est qu’elle nourrit un corollaire qui la sous-tend essentiellement, à savoir la croyance implicite ou explicite suivante : nous avons aujourd’hui ,grâce aux connaissances nutritionnelles ou en éducation physique couplées à l’état du savoir en matières d’assuétudes, nous avons, donc, toujours le choix, présume-t-elle, de pouvoir mener une vie considérée saine selon les paramètres de la nouvelle éthique de la santé. C’est dans  ce prométhéisme des moyens que le nouveau discours des coprs va puiser l’audace de s’autoriser toutes les exclusions et de décréter toutes les condamnations . Car la nouvelle catéchèse croit que, contrairement à nos grands-parents pour lesquels, par exemple, une bonne santé avait toujours été le fruit de la bonne fortune, de la providence, bref, du hasard, nous savons, nous aujourd’hui, ou encore nous devrions  savoir,  que celle-ci ne saurait être une grâce, qu’une éthique du corps sain est disponible à tous, et qu’il suffit de l’appliquer pour garder le médecin à distance.

Entre l’avoir et l’être

 les plastifications de Gunther von hagensLa santé est saisie par la langue grâce à un dispositif relevant à la fois d’une logique de l’avoir (avoir la santé) et d’une logistique profondément ontologique (être en santé) . On dit être en santé ou être en bonne santé, référant par là à un état, une manière d’être, impliquant un positionnement intime du corps, une orientation touchant presqu’à son essence; mais on dit aussi avoir la santé ou avoir une bonne santé, rappelant ainsi que la santé est toujours quelque chose d’extérieur au corps en tant que tel, que ce dernier, autrement dit, ne saurait prendre pour acquis, on a la santé ou on a une bonne santé, de la même manière qu’on a une maison ou un jardin, c’est-à-dire dans un rapport de possession avec une entité décrétée extérieure à nous, laquelle obéit à ses propres règles de fonctionnement et se soumettant à ses impératifs spécifiques. Donc déjà dans la langue, la santé obéit à deux logiques qui ne sont pas toujours convergentes dans la vie : Elle est un état, une humeur, un tempérament relevant ainsi d’une psychologie de la vie intérieure la plus riche; mais elle constitue aussi un avoir, un acte, une conduite au travers de laquelle elle se montre comme une conquête, une sortie de soi, une extériorisation, une poussée vers autre que soi. Mais l’on voit les tensions qui peuvent survenir selon que l’on fait référence au premier ou au second. Il est évident par exemple, que quelque soit l’excellence d’une expertise qui a  pu juger d’un individu qu’il est en bonne santé, la bonne santé de ce dernier ne puisse jamais jouir de ce caractère irrévocable au point de lui appartenir sans conditions de sa part. Si, selon la la logique de l’être, la santé est un effet clos, acquis et dernier, et dont il n’y a rien d’autre à dire sinon que cet homme ou cette femme est en santé, dans les dispositifs de l’avoir, la santé n’est qu’un bien et en tant que tel, s’ouvre à la fragilité de la sphère économique. Avoir la santé ouvre alors à des questionnements du genre d’ou nous vient notre santé, comment nous maintenons-nous en santé,que pouvons-nous faire pour assurer cet avoir. Ce n’est pas le moindre paradoxe tragique des corps que la chose qui devrait constituer la substance même de leur être le plus intime, son but essentiel, se trouve en même temps appartenir à une sphère qui leur est totalement extérieure, et sur laquelle ils n’ont somme toute aucune influence. Jouir de l’état d’un vivant sain renvoie ipso facto à l’inscription de ce dernier dans une logique presqu’économique ou le corps sain qu’il est se transforme aussitôt en l’avoir d’un corps cristallisé par des conduites relevant d’un schéma marchand à travers lequel il est déjà annoncé que les comportements et la culture de ce corps emprunteront leurs déterminations ultimes aux nécessités de l’offre et de la demande, par une allocation des ressources jugées nécessaires et suffisantes pour leur état, même si il formule en tant que corps des besoins de plus en plus illimités. Avoir la santé pose inexorablement la question de la rareté des  dispositifs et ressources capables de produire un corps sain. C’est pleinement posé, le difficile problème qui résume l’essence même de l’économie, soit quand, à qui allouer des ressources, par définition rares, vu le caractère illimité des besoins. En matières de santé, la question n’aura jamais autant fait problème. Il aura fallu l’avènement de la santé publique, et dans le sillage de ce dernier, la démocratisation de l’accès aux systèmes de santé modernes pour que ce problème apparaisse dans toute l’étendue de ses apories. En effet, dans une société inégalitaire-(princes-vasseaux; nobles-bourgeois) la santé reste le privilège et le souci des plus nantis. Les autres classes sont trop affairées aux labeurs pour se soucier d’eux-mêmes. Leurs moindres signes de maladie sont condamnés par le système comme un outrage de fainéantise fait aux valeurs cardinales du travail. Les productions étant restreintes, les échanges plutôt limités, les sociétés précapitalistes ignorent totalement le dogme de la santé universelle. Pas forcément par méchanceté ou sadisme; bien plutôt par la nécessaire tyrannie du travail résultant des possibilités limités du commerce, du caractère artisanal de la production, et donc de leur faible taux de productivité si on les compare aux nôtres . Mais avec, la Révolution industrielle, reprenant les acquis de la Révolution française, tous sont décrétés égaux, y compris devant la santé. Le dogme de la santé universelle est né. Seulement, si dans les consciences, le passage est fait quant à la nécessité idéale de traiter tous les citoyens sous un pied égalitaire quant à leur santé, l’application de cette nécessité va se heurter comme un roc à la question épineuse de la rareté des ressources, laquelle rareté prendra de plus en plus un virage hautement alarmant face à la montée des courbes de vieillissement démographique mondial. Par une leçon d’humilité des plus magistrales, les apôtres de l’être en santé allaient découvrir qu’ici comme ailleurs, l’être est souvent la signature prestigieuse de l’avoir. On ne peut être en santé si l’état dont nous sommes les citoyens nous prive des moyens d’avoir la santé.

charcotL’hôpital, son personnel médical, paramédical ainsi que les autres membres du système de santé qui y sont attachés, jouera un rôle de plus en plus prépondérant dans cette affaire. On peut dire que l’hôpital est devenu le temple depuis l’autel duquel la santé dit sa parole et ce n’est guère un détail illustratif que ce soit précisément dans ses enceintes que naissent et meurent presque tous les humains  . Loin de se suffire de ce privilège de premier berceau et de premier tombeau, il est ce passage obligé dans la fréquentation de laquelle nos vies seront pleinement  ponctuées de ses tristes références et de ses lugubres décrets. Il est toujours là pour nous rappeler que ce corps, que nous présumons si souverainement  nôtre, viendra,  un jour ou l’autre, à tomber sous le couperet de sa confiscation décisive ou partielle, que dans l’ombre de ses remparts gris de mille deuils, sommeillent, pour notre intention, des bataillons de sorciers-guérisseurs qui n’attendent que la bonne occasion    pour    venir s’adonner sans scrupule aucune, à leur joie de pornographes du vivant. Ils  déchireront notre corps, le raccommoderont, l’amputeront d’entités qui nous étaient familières, y grefferont des entités mystérieuses, ils y fouilleront comme dans une vilaine grotte, y désaccorderont des gémellités originelles, ils y travailleront avec tant d’acharnement qu’ils nous donnent déjà leur garantie que lorsqu’ils auront fini la seule conviction qu’Il nous restera sera celle que ce corps que nous croyions nôtre ne nous avait appatenu que très relativement et que nous étions dans l’ignorance totale des lois et des causes de cet évènement si proche,   et pourtant si totalement lointain.

Le corps est d’abord connu comme précaire. Listériose, grippe A (h1n1) ,Influenza, allergies au pollène, cancer du sein, autant de pièges qui le guettent et exposent sa vulnérabilité essentielle.(article encore en rédaction)…

Loi canadienne sur la santé

Dépenses de santé au Canada

Sécurité des patients et erreurs liées aux soins

Leçons tirées de l’arrêt de Chalk River

Pharmacovigilance après commercialisation

Rapport final du conseiller sur le temps d’attente

Planification concertée des ressources humaines en santé

Besoins d’information des aidants naturels

Le travail et la santé du personel infirmier

Les soins palliatifs

Loi sur la régie de l’assurance maladie du Québec

Loi sur l’assurance médicaments

Dons et greffes d’organes et de tissus au Québec

Héma-Québec

Santé de la population

Répartition budgétaire


La glace de toutes les convoitises

In canada, changement climatique, liberalisme economique, philosophie on août 7, 2009 at 5:51  

 Le brise-glace le st-laurentL’usage démagogique que Stephen Harper a choisi de faire de la question arctique est à la fois déplorable et malheureux.Le Premier ministre souhaite augmenter les effectifs militaires alléguant des menaces ennemies à la souveraineté canadienne dans l’Arctique. Je sais bien que Les politiques circumpolaires rivalisent d’inventivité et de stratégies pour sceller l’inscription de leurs nationaux dans une filiation à l’arctique, ceci    dans le but de prévenir tout équivoque quant à leurs droits aux territoires, et par conséquent, aux ressources qui s’y trouvent.Mais, à la veille du départ de Stephen Harper pour Yellowknive dans deux semaines, il serait bien indiqué de questionner ce sursaut éminemment belliqueux d’Ottawa.  Avisés comme le reste de la planète de la débâcle climatique, et conscients que le pôle Nord sera à l’avant scène de ce réchauffement général, ils ont ,  non sans raison, induit sa prochaine naviguabilité  ainsi que l’amélioration spectaculaire de tous ses accès. Moins il y aura de glace, plus grande sera l’aisance de la pêche, de la chasse et de l’extraction de pétrole ou de gaz.Or l’Arctique abonde en  bois de construction,en matières premières mazoutées et de gaz naturel, en réserves  de charbon , sans oublier que  la US Geological Society a  prédit  que le tiers des réserves non encore découvertes en hydrocarbures de la planète s’y trouvent  . C’est amplement suffisant pour que les gouvernements autorisent toutes les dérives.  Stephen Harper, le premier minstre du Canada, a résumé en un mot la stratégie qui sera celle de celle de son gouvernement :« Quand il s’agit de défendre notre souveraineté dans l’Arctique, le Canada a un choix : soit l’exercer, soit la perdre. Et soyons clairs, notre gouvernement entend l’exercer». La question arctique en  sera donc une de souveraineté pour le Canada. « Pour défendre notre souveraineté nationale, rien n’est plus essentiel que de protéger l’intégrité du territoire : nos frontières, notre espace aérien et nos eaux », a déclaré le Premier ministre. Pour ceux qui ne savent plus ce qu’il faut bien entendre par ce mot, le Premier Ministre en a donné au moins trois illustrations récemment. D’abord en Janvier,quand des CF-18 canadiens ont intercepté un avion russe qui s’apprêtait à survoler le territoire canadien de l’Arctique. Ensuite vint la fameuse   stratégie pour le Nord du gouvernement Harper annonçant la création d’une agence de développement économique , la construction d’un nouveau brise-glace et l’aménagement d’un port en eaux profondes sur la terre de Baffin. Puis, ce fut  l’annonce d’une expédition conjointe avec les USA afin de dresser  un nouveau relevé du plateau continental. Finalement on nous prévient que le Premier ministre fera une tournée dans les trois territoires nordiques entre le 17 et le 21 août prochains. Mais aussitôt ses promesses convenue lancé, le seul instrument qu’Ottawa ne cesse de scander dans les médias reste l’achat de huit navires de guerre à la coque renforcée plutôt que des brise-glace. La souveraineté à laquelle pense le PM sera donc l’oeuvre des 65 soldats basés à Yellowknive et des 1465 rangers inuits , tous volontaires, attelés à la tâche colossale de défendre un territoire sept fois plus grand que la France. Donc quand le premier ministre pense à la souveraineté il ne pense à rien d’autre qu’à doter le bassin arctique  de navires de guerre.! Qu’il soit évident pour tous que le premier ministre canadien crée ici un précédent en  voulant introduire des navires de guerre dans cette arctique universellement convoitée  et unanimément disputée. Car même au pire moment de la guerre froide, aucun des belligérants de l’ époque n’a pensé à franchir le seuil de la militarisation permanente.  Certes il y a toujours eu des patrouilles, des brise-glace, des sous-marins en mission ponctuelle, mais des navires de guerre postés en permanence, jamais. C’est donc  un virage militariste éminemment lourd de conséquences qu’ Ottawa vient de prendre. Aussi nous devons-nous d’interroger les tenants et aboutissants de cette prétendue souveraineté.

chercheurs dans l'arctiqueTout d’abord toute souveraineté véritable dans l’Arctique commence par une souveraineté   du savoir. Or le gouvernement de Harper a fragilisé les acquis des recherches arctiques au Canada en coupant les vivres aux universitaires et chercheurs locaux accentuant du même coup l’exorde vers le voisin du Sud de plusieurs programmes de recherche. Il est pour le moins démagogique de parler de souveraineté arctique alors que le gouvernement conservateur démontre l’indifférence la plus entière envers tout ce qui touche aux études arctiques. Il faut rappeler que le Canada est jusqu’à l’heure actuelle le seul pays nordique à ne pas disposer d’un groupe de recherche permanent dans l’arctique. On ne peut être souverain sur un territoire aussi exceptionnel que l’Arctique sans une logistique de recherche cohérente et pertinente. Au moment même  ou le premier ministre affirme haut et fort dans les médisas son attachement à l’arctique, il n’est pas inutile que le public sache que la  Fédération canadienne pour les sciences du climat et de l’atmosphère, l’un des deux seuls organismes canadiens de recherche admissibles à des subventions fédérales, un organisme qui chapeaute plus de deux cents scientifiques ,a les coffres complètement dégarnies et Ottawa leur prévient qu’ils ne doivent rien attendre de sa part. Si la présence de    navires de guerre  n’est pas forcément incompatible avec l’effort de  souveraineté, je vois mal comment Ottawa puisse imaginer cette souveraineté en faisant l’économie de la recherche et le développement. Est-ce en plaçant la connaissance de l’arctique canadien sous la tutelle des scientifiques étrangers que le Premier ministre assurera la souveraineté dans l’Arctique. Il devrait être clair qu’il n’y a pas de souveraineté réelle sans une souveraineté hautement scientifique.

Ensuite,   la souveraineté du Canada est-elle à ce point menacée  que la seule issue soit de prendre le raccourci des dissuasions militaires? La promptitude du PM à l’impatience dans ce dossier ne trahit-elle pas quelque propension belliqueuse  dont le Canada , bon élève de l’OTAN, pourrait bien se passer . Le péril est-il si entier qu’il n’est d’autre issue que l’envoi de navires de guerre dans l’arctique. La Convention des Nations Unies sur le  droit de la mer, que le Canada a ratifiée, et qui jusqu’ici a toujours protégé ses droits et garantit ses libertés, est-elle devenue tout à coup  un texte obsolète et incompatible avec la vision arctique d’Ottawa? Somme toute, Ottawa n’aura pas expliqué encore ce qui autoriserait de faire l’économie des mécanismes juridiques usuels de règlement des conflits territoriaux qu’il a toujours utilisés auparavant et dont  des  déficits ou  vices  justifieraient une précipitation dans  la  surenchère militariste. Car ce qui est sûr dores et déjà, c’est que toute présence de navires de guerre dans le bassin arctique amènera tôt ou tard les autres pays riverains à en suivre l’exemple. Et Moscou en gagnerait à coup sûr l’avantage du nombre. Car s’il est vrai que l"Arctique  russe a toujours été un défi pour Moscou, il ne faut pas perdre de mémoire que c’est elle  qui possède en termes de longueurs de côtes, plus de la moitié: 10520 kilomètres entre Mourmansk et Providentia, dernier port sur l’Arctique avant d’arriv carte de l'arctiqueer au Pacifique,envirion 6200 kilomètres. Au Groenland, le Danemark, dont La colonisation dano-norvégienne avait commencé sur ce territoire en 1721, avec l’ oeuvre missionnaire de Hans Egede et l’installation de postes de mission et de commerce, n’est pas sans ressources militaires non plus : En 1776, création d’un monopole commercial Danemark-Norvège au Groenland qui allait durer jusqu’au milieu du XXe siècle. Devenu département danois en 1953, puis territoire autonome en 1979, le Groenland, dont les revendications d’indépendance sont récurrentes, n’a jamais abdiqué ses velléités arctiques. Puis Les   États-Unis  possessionnés en Arctique grâce à l’acquisition de l’Alaska. C’est 1777000 km carrés pour 700000 habitants, dont une infime partie sur les côtes nord de cet État, celles qui sont baignées par l’océan Arctique. L’Alaska a eu ses jours de gloire: la ruée vers l’or de Fairbanks en 1900, puis le boom pétrolier à partir de 1968. Les États-Unis qui sont peut être le seul allié naturel dont le  Canada  peut être sûr. Les États -Unis, sans lesquels, Le Canada n’a jamais su faire avancer d’un pion la géopolitique de l’Arctique. Enfin, la Norvège. Par son contrôle sur l’archipel du Spitzberg (Svalbard), la Norvège surveille le canal de Barrents, le corridor maritime qui relie la mer de Barrents à la mer de Norvège, partie intégrante de la zone d’influence russe qui s’étend de l’océan Arctique à l’atlantique Nord. Surveillance aeroterrestre, mais aussi sous-marine et d’écoute, avec les perfectionnements du réseau Sosus, mis en place pendant la guerre froide. Par ailleurs depuis la fermeture  de la base américaine, c’est la Norvège qui assure la défense de l’Island. Sans oublier la Chine et le Japon. Affamés de pétrole et de gaz, en raison de leurs activités industrielles et , pour la Chine, en raison de sa croissance démographique qui  a triplé en un siècle. Ce n’est rien de moins la configuration de la géopolitique actuelle de l’arctique. Avancer les termes d’une souveraineté qui contournerait les acquis juridiques solides et sûrs pourraient inaugurer fatalement un basculement dans une dérive à la fois catastrophique et hautement destructrice.

peuples de l'arctiqueFinalement toute souveraineté dans l’Arctique passe par l’implication des peuples de l’Arctique à cet effort de souveraineté . Car la souveraineté ce n’est pas seulement un droit.C’est aussi un privilège. lorsque la dernière pelle sera jetée aux mines de cuivre, d’or ou de zinc; lorsque le dernier baril de pétrole ou de gaz naturel aura été extrait des entrailles de cette terre, il faudra faire le bilan de  ce que nous aurons fait à l’habitat naturel de ces hommes et ces femmes qui avaient élu domicile depuis la nuit des temps dans cet enfer de glace et cette blancheur éternelle.Or  les ressources de l’arctique sont innombrables, mais non renouvelables. Alors ces hommes et ces femmes auxquels la société occidentale a déjà ravi la langue ancestrale, le patrimoine rituel et religieux,  ceux-là même dont on a transformé , au nom du progrès et de la technique, le nomadisme mythique en un sédentarisme planifié et assisté par les bureaucrates d’Ottawa, ces  damnés de la terre qu’on a déjà dépossédés d’eux mêmes , il faudra prendre garde de ne pas achever leur aliénation par notre souveraine nécessité de pêcher des crevettes et de trouver du pétrole. Ce sont eux les vrais rois de Thulé ,ce sont eux,ces musiciens du vent, ces  sculpeurs de glace, ce sont eux cette civilisation du phoque , que nous avons presque achevé d’anéantir.  Ce sont eux   Ces Inuit (anciennement Esquimaux), ils sont  150000 répartis entre le Groenland danois (50000), le Canada (45000), l’Alaska américain (500000) et la Russie (1800), ce sont eux  ces Aléoutes , ils sont 12000 se répartissant entre la Sibérie et l’Alaska, ceux du groupe d’Athapascan, Amérindiens d’Alaska et du Nord canadien(25000), ce sont eux ces Sâmes (anciennement Lapons) de Norvège (45000), de Suède (17000), de Finlande (7000), de Russie (1800).En leur nom et au nom de toute cette civilisation réelle mais fragile qu’ils soutiennent, nous ne pourrons guère permettre à une   administration, quelle qu’elle soit, d’hypothéquer leur environnement et de compromettre leur avenir, sous couvert d’une prétendue souveraineté, aveugle aux dogmes des intérêts militaro-industriels.

La seule souveraineté que veulent les Canadiens dans l’Arctique est une souveraineté  riche de sa confiance dans la science arctique, respectueuse de la loi et de la norme , et par-dessus tout,  une souveraineté, qui met au premier plan  de ses priorités, le destin présent et futur des peuples fondateurs.

Chronologie  des interventions canadiennes dans l’arctique

  • 1992: Accord Canada-Russie sur la  coopération dans l’Arctique et le Nord
  • 1994: Mary Simon est nommée première ambassadrice du Canada aux affaires circumpolaires
  • 19 septembre 1996: la Déclaration d’ Ottawa crée le Conseil de l’Arctique dotant les pays du Nord d’un forum de discussions des problématiques et des enjeux communs
  • 1997: Production par le Comité Permanent des Affaires Étrangères du rapport_ Le Canada et l’ Univers Circumpolaire
  • 1998-1999: Tenue à travers le Canada de discussions et de conférences orientées par le rapport d’études Vers une politique étrangère canadienne visant le Nord
  • 1998: dépôt par le gouvernement canadien de sa réponse au document Le Canada et l’univers circumpolaire. Réunion ministérielle du Conseil à Iqaluit. Déclaration d’Iqaluit.
  • Ier avril 1999: création du Nunavut. 12 Octobre: le gouvernement s’engage dans le discours du Trône à confirmer l’hégémonie du Canada dans l’Arctique. 16 décembre , déclaration conjointe par le Canada et l’Union Européenne d’ une coopération nordique
  • 8 juin 2000: publication par le gouvernement canadien du document Le volet nordique de la politique étrangère du Canada. Du 10 au 13 Octobre: deuxième réunion ministérielle  du  Conseil   tenue cette fois à Barow, en Alaska. Adolption de La Déclaration de Barow. Adoption par l’Union Européenne d’un plan d’action sur la dimension nordique (PADN).
  • 2002: Adoption par le Conseil de La Déclaration d’Inari
  • 2003: Loi c-42 sur la protection de l’environnement de l’Antarctique. Voyage en quête du Nord moderne dirigé par la gouverneure générale.
  • 2004: Adoption par le Conseil de la Déclaration de Reykjavik.
  • 2005: Remise sur pied du groupe de travail de l’Arctique et du Nord de la Commission économique intergouvernementale Canada-Russie.
  • 2006: Adoption par le Conseil de La Déclaration de Salekhard. Le Canada consacre 150 milllions pour la participation à L’Année polaire internationale.
  • Août 2007: annonce par le premier ministre d’ Une stratégie intégrée pour le Nord. Le discours du Trône d’Octobre 2007 consacre la stratégie pour le Nord à titre de priorité fondamentale du gouvernement.
  • 2008: Déclaration d’Ilulissat.
  • 11 mars 2009: Discours par le ministre des Affaires Étrangères d’une Politique étrangère du Canada pour l’ Arctique
  • Juillet 2009: l’armée russe annonce son intention de procéder à des vols de parachutistes dans l’Arctique en mai prochain dans le but de commémorer le 60e anniversaire de l’ atterrissage en parachute de deux scientifiques soviétiques.

De l’honneur des moutons

In canada, education on juillet 26, 2009 at 7:48  

On tue au Canada.  Pas par légitime défense. Pas, non plus, par contrainte. Encore moins, par obligation civique ou militaire . Surtout pas, par impossibilité de maintenir la vie . Non, rien de tout cela.  On tue, semble t-il,  au nom de l’honneur.

L’honneur, dites-vous. Voyons un peu. Rona Amir Mohammed, la première épouse , les soeurs Geeti, Sahar et Zainab Shafi sont retrouvées mortes  dans un écluse du Canal Rideau à Kingston, en Ontario, le 30 juin dernier. Trois suspects ont été arrêtés. Mohammed Shafi, le père, Touba Yahya, la mère et Mohammed Hamed Shafi, le frère.   Tous des Canadiens qui rencontraient chaque jour des Canadiens . Fréquentaient des banques , des restaurants, des écoles canadiennes. On imagine le père  embauchant pour la construction de ses  maisons des ouvriers canadiens, leur parlant de mille et une choses sur son chantier, leur donnant un coup de main  par moment, les entretenant à d’autres moments   de son Afghanistan natal qu’il a quitté depuis plus d’une vingtaine d’années, s’évertuant ici à  tromper leur fatigue, là  à tenir en échec  ce qu’il croit être le signe d’une nonchalance qui monte;  souriant, affable , débonnaire comme seuls les Afghans savent l’être ; respirant  avec ses voisins canadiens le même air canadien ;  transpirant  avec eux de la même sueur qui vient de cette nordicité mal aimée;  Envoyant  ses enfants dans des écoles canadiennes afin qu’ils deviennent des citoyens canadiens prospères et respectés par des Canadiens; par-dessus tout, ayant choisi un jour de s’installer en terre canadienne.  Et pourtant il faudrait les imaginer aussi nourrissant, dans le secret, le venin d’une hostilité systématique à tout ce qui était canadien: les jeans canadiens, les cigarettes canadiennes, les discothèques canadiennes, les vêtements canadiens, les plages canadiennes, les cinémas canadiens, les manières canadiennes de dire l’amour, leurs manières de le faire, leurs droits, leur justice, leurs professeurs, leur mémoire, leurs rêves…  Il seraient donc des canadiens paradoxaux qui ne souffriraient  guère que rien de ce qui  soit trop canadien vienne à  s’approcher de leurs personnes ou de celles de leur famille, canadienne elle aussi.

Par honneur, nous dit-on, Mohammed Shafi, le père, Touba Yahya, la mère et Mohammed Hamed Shafi, le frère  auraient  pris la vie de Rona Amir Mohammed, la première épouse , les soeurs Geeti, Sahar et Zainab Shafi.

Crime, certainement. Crime dégoûtant, crime barbare, crime sordide, crime crapuleux, certes.  Mais certainement pas crime d’honneur. Je ne me battrai pas tant sur l’appellation en tant que telle. Je peux facilement admettre en théorie la compatibilité de l’honneur avec le crime. L’ occident a eu ses crimes passionnels, ses ordalies, ses duels d’honneur. Bel-Ami, le Capitaine Fracasse, Joseph Comrad, les possédés de Fedor Dostoïevski, nous sommes encore porteurs de  tout cet imaginaire honorable. Je ne suis pas,  à priori,  contre  la réhabilitation de l’honneur dans l’espace public.

Mais quel est cet honneur qui ne recule devant rien, même pas  devant le sang d’autrui? L’honneur ne serait-il pas  seulement un masque derrière lequel on s’assure de contrôler la sexualité de la femme et de perpépétuer  la ségrégation des genres? Y a-il  tant  d’honneur à barrer aux femmes la route de l’éducation et du marché du travail?

Tout se passe comme si le corps de la femme lui échappait tout simplement . Il distillerait, à son insu, des enjeux dont la clé est détenue par tout autre qu’elle;  il serait le résultat historique et social de conduites qui s’inscrivent dans les profondeurs oubliées de l’inconscient collectif, lesquelles se moquent tout à fait des volontés individuelles;  il décrèterait, malgré lui, des normativités si puissantes qu’elles pourraient à elles seules faire tomber les royaumes et décapiter les Princes.  En fait, on dit le corps de la femme , mais il serait plus juste de dire le corps de la tribu, du village, du clan. Par un truchement de raisons ou d’absences de raison fort nébuleux , c’est quand elle nourrit sa chasteté sexuelle qu’elle accomplit la plus grande vertu civique. Aucune de ses conduite n’est exclusif à la femme, alors que tout ce qu’il émane intéresse les hommes : leur honneur, leurs avoirs, leur masculinité, leur vie même. Le paradoxe de cette bêtise c’est à quel point ces hommes et ces sociétés investissent symboliquement quelque chose (le corps de la femme est toujours un pointeur de la vie et de la mort)   à laquelle,  justement, ils s’acharnent à refuser toute existence publique autonome. Car, c’est la même logique qui veut que la femme s’efface et soit frappée du plus grand silence dans la sphère publique et  qui autorise  en même temps la légitimité de sa mise à mort lorsque cette ombre, cette mort vivante, ce zombie nécessaire décide d’exister enfin. C’est la même  femme qui  n’est pas assez honorable pour jouir d’une existence pleine et entière mais dont seuls  les égarements à son code de conduite rendent légitime, le transfert , par le Prince , de sa prérogative suprême: le droit de vie et de mort.

Ce n’est pas faire honneur à l’honneur que de prêter ce nom à des actes  aussi dégueulasses que  ceux qui ont eu lieu cette semaine à Kingston.

C’est plutôt à la lâcheté que j’avais pensée aux premières allusions à cette sordide et sanglante affaire.

Lâcheté parce qu’elle cristallise le triomphe de la morale du troupeau.  Car ‘il faut être un mouton de la pire espèce pour ne rien trouver d’autre pour apaiser l’appel de sa tribu, de son clan, de son pays, que la mise à mort de ses propres enfants.

Lâcheté aussi parce qu’il ne suffit pas d’opposer la morale d’un troupeau à celle d’un autre troupeau pour mériter ipso facto le mérite de l’honneur. L’honneur est quelque chose de trop complexe pour se satisfaire du simple refus. Il faut dire et ne pas cesser de dire à tous ces endoctrinés de l’honneur que l’honneur commence toujours chez soi, dans ses plate-bandes, dans sa cour arrière, dans son intimité et pas dans la cour d’autrui. Il faut leur crier aujourd’hui, avec toute les lettres de l’urgence, que s’il peut  y avoir  de l’honneur dans le refus de l’autre, il est encore plus honorable et surtout plus courageux, de pouvoir dire non à soi, à son clan, à sa tribu, à son oikos.

Lâcheté surtout, parce que notre devoir ne peut obliger autrui. Quand on ne peut plus rester honorable rien que pour soi,  sans vouloir y contraindre les autres, alors  on n’est plus dans la logique royale de l’honneur , on a basculé dans le suivisme et le conformisme, malgré tous les masques de l’honneur dont on peut s’affubler.

Lâcheté finalement, puisque,  quand le monde oppose une résistance opaque à nos valeurs cardinales, on a toujours le choix, peut être inutile, peut être  malheureux , peut être même idiot,  mais tout aussi honorable,  du suicide. 

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